Infographie Libre - Quelques a priori qu'il est urgent de démentir

Quelques a priori qu'il est urgent de démentir
Affirmation : "Gimp, c'est Photoshop gratuit et moins bien".
Traduction : Beaucoup de gens ont tendance à considérer les logiciels libres comme des versions gratuites au rabais des logiciels propriétaires.
Démenti : Cette affirmation est fausse la plupart du temps. Il ne faut pas appliquer une analyse capitaliste à un monde qui n'est pas du tout basé sur les mêmes règles. Ce n'est pas parce que c'est gratuit que c'est moins bien. "Moins bien" est une question de point de vue. Bien que des logiciels équivalents soient faits pour accomplir les mêmes fonctions, on ne peut pas nier certaines innovations apportées par le logiciel libre, tout comme on ne peut pas nier les innovations du logiciel propriétaire, ce sont deux modèles différents.
De plus, les logiciels libres ne sont pas forcement gratuits (leur licence ne l'oblige pas), et leur développement a coûté autant d'argent, que le travail vienne de bénévoles, de chercheurs, ou d'industries et d'entreprises.
Affirmation : "Telle fonction est absente alors qu'elle est absolument indispensable".
Traduction : Beaucoup de gens préfèrent pirater un logiciel commercial plutôt que de passer du temps à chercher et à apprendre un équivalent libre, ou à changer de méthode.
Démenti : En êtes-vous absolument sûr ? Avez-vous cherché ? N'y a t'il pas une autre méthode qui conduise au même résultat ? N'y a t'il pas une extension, un script ou un plug-in qui accomplisse cette fonction ? Utilisez-vous vraiment cette fonction ? Cette fonction est-elle indispensable au point de renoncer à une part de votre liberté (et peut-être à la légalité) ? Qu'avez-vous fait pour que cela change ?
80% des fonctions d'un logiciel se retrouvent dans un autre logiciel qui a le même objet (que l'on passe d'un logiciel propriétaire à un logiciel libre, ou l'inverse), même si cela ne se présente pas tout à fait de la même façon. Si une fonction manque, il existe la plupart du temps des moyens de l'accomplir par d'autres voies. Le vrai obstacle est le temps d'apprentissage, et lui seul. Il faut réapprendre l'interface, changer ses habitudes, découvrir autre chose. Si une fonction est absente et qu'elle vous est vraiment indispensable, rien ne vous empêche de payer un développeur pour qu'il contribue au logiciel libre en question. Ça vous coûtera probablement moins cher à moyen terme que de payer des licences de logiciels propriétaires.
Affirmation : "On ne peut pas travailler professionnellement avec des logiciels libres".
Traduction : Beaucoup de gens croient que comme ces logiciels ne sont pas consacrés par l'industrie de leur profession, ils ne méritent pas qu'on s'y intéresse.
Démenti : Pourtant c'est le cas de beaucoup de monde. Les infrastructures entières de multinationales reposent sur des logiciels libres (Google, Yahoo, Sun, Red Hat...) et Hollywood tourne sous Linux. Plus de 90% des technologies que vous trouvez sur Internet sont ou reposent sur des logiciels libres. Le site web que vous consultez en ce moment a été produit uniquement avec des logiciels libres. Il est probable que le système d'exploitation de votre téléphone soit open source, de même que celui de votre "box" qui vous connecte à Internet et vous donne accès au téléphone. Si vous utilisez Firefox ou Open Office, vous savez probablement que ce sont des logiciels libres.
Cette conception erronée vient souvent de deux choses : la publicité des logiciels commerciaux veut vous faire croire que eux seuls sont puissants et professionnels (mais c'est le jeu), et votre infrastructure est peut-être déjà dans un enfermement propriétaire (une situation où un client est tellement dépendant d'un fournisseur de produits ou de services qu'il ne peut pas passer à un autre vendeur sans s'exposer à des coûts importants. On parle alors fréquemment de clientèle captive.). Par exemple, si vous n'achetez plus Photoshop, vous ne pourrez plus lire les .psd, car c'est le format fermé de ce logiciel, et que les développeurs des autres logiciels n'ont pas accès aux informations qui permettraient de le lire. Seule solution : adopter et promouvoir des formats standards et interopérables.
L'autre illusion est de croire que l'on va perdre en productivité. C'est faux, du moins dès que la phase de ré-apprentissage est terminée. La productivité est surtout une question d'automatismes et d'habitudes. Par ailleurs, en adoptant des standards et des logiciels libres vous ne perdrez plus de temps à cause de conflits entre des versions d'un même logiciel ou de manque de compatibilité d'un format, sans parler des failles de sécurité gigantesques qui vous exposent aux virus. Pour finir, vous gagnez en liberté et en indépendance...
Affirmation : "Mais ils ont tout copié sur Truc©, c'est du plagiat !".
Traduction : Beaucoup de gens pensent que le logiciel libre plagie le logiciel propriétaire en copiant ses fonctions.
Démenti : Pourquoi ne pas reprendre les bonnes idées ? Si vous aviez connu le logiciel libre avant le logiciel propriétaire, vous auriez l'impression inverse... En fait c'est une question épistémologique, et c'est toujours la même : Qui a inventé quoi en premier ? Il est très fréquent que des idées nouvelles similaires apparaissent conjointement chez des personnes différentes alors même que ces dernières ne se connaissent pas. Ainsi, un chercheur beaucoup moins connu que Darwin, Wallace, a abouti aux mêmes conclusions que lui un an après, tout en ignorant ses travaux. Et Darwin n'aurait rien été sans les travaux de Malthus, Lyell, Mendel, Maupertuis, Lamarck, Buffon, Cuvier et bien d'autres...
Il est très difficile d'attribuer telle invention à une personne ou à une compagnie en particulier, et ce n'est pas souhaitable : l'innovation et la recherche sont des phénomènes collectifs et culturels.
Trois autres choses peuvent renforcer ce sentiment de similarité :
- des logiciels qui accomplissent la même fonction auront forcément des points communs et des méthodes similaires.
- certaines choses sont développées pour être compatibles avec des logiciels propriétaires : dans ces cas là, la similarité est un besoin.
- il arrive que ce soient les mêmes développeurs qui travaillent des deux côtés de la barrière : pas étonnant qu'on retrouve des similarités !

