Création et Internet, vraiment ?

Interrogation

Vous n'êtes peut-être pas sans savoir que la loi Hadopi, dites "Création et Internet", malgré quelques rebondissement, a été récemment adoptée à l'assemblée nationale française, puis au sénat.

Il y a deux façon de résumer cette loi :
- "Une loi contre le téléchargement illégale" (résumé journalistique le plus entendu ces derniers jours à la radio et à la télévision).
- "L’Assemblée nationale française a voté une loi donnant aux majors le pouvoir de couper la connexion internet de citoyens français sur simple accusation." (Richard Stallman, 14 mai 2009)

Autant le dire tout de suite, en tant qu'Internaute et que Graphiste (et donc "créateur de contenu intellectuel soumis au droit d'auteur"), je me suis senti très concerné par cette loi et le débat qui a eu lieu autour de celle-ci. Et j'ai eu l'impression d'être accablé de stupidités.

Tout d'abord, y avait il besoin de légiférer ?

Je ne suis pas sûr...
L'internet grand public a tout juste 15 ans. Autrement dit il est en pleine crise d'adolescence, et a encore de jolis boutons d'acné. Il y a encore beaucoup de choses qui vont changer dans les années à venir, et encore plus par la suite, mais durant ces 15 premières années, Internet a apporté un immense espace de liberté.
Nous vivons une révolution, la révolution numérique. Nous avons inventer les ordinateurs, des machines faites pour copier et à transmettre de l'information. Autrement dit nous avons la possibilité nouvelle et inédite de pouvoir dupliquer instantanément tout type d'information ou de contenu, et de le transmettre presque aussi immédiatement à l'autre bout du monde sans perte d'information.
Et c'est pour cette possibilité là, inouïe, que depuis 15 ans nous numérisons et dématérialisons tout ce que nous créons. C'est un changement profond. Pour un moine copiste du moyen-âge, notre technologie est de l'ordre du divin. C'est l'imprimerie 2.0 !
D'un autre coté, le droit d'auteur, ou plutôt le droit de distribution des œuvres, en prend un coup. Dès lors qu'une œuvre est numérisé, elle se multiplie comme des petits pains sans aucun contrôle, et donc sans aucunes taxes.
Ce droit de distribution, ou copyright, a été pensé et conçu après l'invention de l'imprimerie dans le but de rémunérer les travailleurs intellectuels et les artistes, et dans un monde où on pouvait multiplier les œuvres, mais seulement à grand frais.
Ainsi on a libéré les artistes des mécènes. Plus besoin d'un généreux donateur non-critiquable pour pouvoir vivre de son art ou de sa pensée. Seul le public comptait alors, et l'on était rémunéré en fonction du succès de l'œuvre, ce qui est une autre forme de récompense au mérite. Cela 70 ans encore après que la mort ai séparé l'auteur de tout fan-club.
Alors, devait ont légiférer tout de suite en "procédure d'urgence" ou prendre le temps de réflexion nécessaire et lent qu'amène les bouleversements profond d'une révolution ?
Je vous laisse répondre à cette question.

Ensuite quel est l'objectif de cette loi ?

Si l'on en croit la ministre Christine Albanel et tous les artistes (cannois et autres) qui n'ont pas compris ce qu'est Internet, ainsi que toutes les personnalités qui se sentent "trahies par la gauche", il s'agissait de protéger les artistes et les travailleurs intellectuels, en sanctionnant ceux qui leur vole leur salaire.
Ceux là sont des pirates, aussi sanglant et sans foi ni loi que l'on été ceux qui ont parcourus les mers. Des pirates, et pas des amateurs de culture, pas un public averti qui a enfin repris totalement la main sur ce que l'on lui sert, au lieu de se faire gaver de médiocrité produite à la chaîne.
Les pirates, c'est le public qui, enthousiaste, a fait des copies pour ces amis et ses proches. Des copies faciles et instantanées puisque numériques.
Est-ce que cela veut dire que le public n'aime pas les artistes ? Non.
Est-ce que cela veut dire que le public ne veut pas payer pour les œuvres et les contenus intellectuels ? Non.
Ça veut simplement dire que le public, lui, vit avec son temps.
Des études ont montrés que les plus gros téléchargeurs sont aussi les plus gros acheteurs (voir ici).
Copier n'a rien à voir avec voler. La copie est un miracle et permet la diffusion des œuvres et du savoir.
Doit-on punir le public pour avoir compris (intuitivement) la révolution numérique, ou doit-on réfléchir à de nouvelles formes pour permettre aux artistes et aux intellectuels de vivre ?
Enfin, doit-on mettre en danger les libertés fondamentales et les libertés individuelles pour tenter vainement de préserver un modèle économique déjà obsolète, puisque bati et viable seulement dans l'ancien monde ?
Il me semble une fois de plus que la réponse est évidente.

À qui profites le crime ?

Pas aux artistes, qui touchent environ 5% du prix de la vente de leurs œuvres auprès du public. Mais aux Majors qui touchent les 95 autres %.
Est ce si difficile de trouver un moyen de générer autrement l'argent de ces 5%, puisque les majors s'entêtent à vouloir vivre dans l'ancien monde ?
Je ne crois pas. De nombreux exemples existent. Le groupe de musique Nine Nich Hall en est un exemple. Les nombreux sites d'écoute de musique en ligne un autre... etc.

La copie numérique est elle nocive pour la création ?

En tant qu'"artiste", je sais que créer c'est copier, et je réponds immédiatement "non" à cette question. On s'inspire consciemment et inconsciemment de tout ce qui nous entour, et surtout des créations des autres. On fait "à la manière de ", on "pastiche", on "parodie untel", on fait "un truc ressemblant à", on "reprends"...
La copie est un procédé qui fait parti du cœur même du processus de création. Personne n'est original dans l'absolu. On est original par rapport aux autres.
Alors pourquoi se plaindrait on d'avoir accès à tant d'œuvres ?
Je met mon travail en ligne en sachant qu'il pourra être copier avec un simple clic droit. Et ça me fait plaisir. Ce serait hypocrite de dire que je n'ai jamais fait pareil chez les autres et que je ne referait pas.
Mais je transforme l'œuvre que je reçoit. Comme dirait Marcel Duchamp, "c'est le spectateur qui fait l'œuvre". En s'appropriant les œuvres "illégalement", le public participe à la création, et en tant que créateur, je le remercie.

Ainsi, la loi Hadopi est passée, signant pour les majors du disque et du film la première (et probablement la dernière) bataille victorieuse sur le monde anarchique et irrespectueux d'Internet. Après ça je ne vois que deux alternatives : prendre en pitié ou se moquer de ces pauvres imbéciles qui cherchent à empêcher la copie, le cœur même de la révolution numérique.
Cet écœurant nom de "Création et Internet" ne fait que montrer à quel point nos dirigeants n'ont rien compris, renforce la bêtise qui a conduit à l'adoption de cette loi... et souligne à quel point l'internaute français se rapproche de l'internaute chinois.
J'ai honte et je suis en colère. Mais je sais que cette guerre est gagnée d'avance.

Camille Bissuel.

Commentaires

Je trouve formidable que votre site soit aussi ouvert..., étant à la recherche de document graphique, je me suis permise de copier votre logo..
En fait j'enseigne à des ados de 15-18 ans, les arts visuels et le graphisme en particulier. Je devrais dire l'introduction au graphisme parce que la majorité de ces jeunes sortent de l'école obligatoire et sont à la recherche d'une place d'apprentissage.
Voilà, si vous avez une dent contre moi, merci de me le faire savoir....sachez encore que je ne vends, ni n'utilise à d'autres fins votre document et que votre site figure au-dessous du logo lors de sa présentation

Ouh, tardif comme réponse, je n'avais pas vu votre commentaire !
Pas de soucis, tant que vous citez la source, c'est avec plaisir ;)

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